Intervento del Sottosegretario di Stato On. Margherita Boniver alla presentazione del libro , “Bettino Craxi: la pace nel Mediterraneo” Beirut, 20 gennaio 2006 PDF Stampa E-mail
Bettino Craxi a été un grand protagoniste de la politique internationale. C’est pourquoi son décès, en exil  après que les autorités italiennes de l’époque lui avaient interdit de rentrer pour des soins médicaux il y a six ans a bouleversé le monde entier. Son héritage est impressionnant. Aujourd’hui, tout le monde reconnaît  que la vraie politique ne peut jamais faire abstraction de la politique internationale. Aucun pays ne peut se permettre de s’enfermer à  l’intérieur de ses frontières, et ce là pour des raisons aussi bien éthiques que politiques : les frontières nationales des états s’effacent devant les crises humanitaires, et le monde devient de plus en plus interdépendant.

Mais si cette intuition s’est frayé un chemin en Italie et en Europe, nous le devons essentiellement à Craxi, dont l’engagement international remonte à ses  toutes premières années de militantisme socialiste. Tout comme il a toujours été un homme d’état, ayant surtout à cœur l’intérêt de son pays, et non seulement lorsqu’il est devenu le Président du Conseil, Craxi a toujours eu un énorme intérêt pour la  politique étrangère, même lorsqu’il n’était qu’un jeune dirigeant du parti. Il considérait l’engagement international comme une composante essentielle de la promotion des intérêts de la nation. C’était sa manière à lui d’être un réformiste et un patriote. Sa politique internationale présentait avant tout une forte empreinte européenne. L’Europe était son cadre de référence, son paysage culturel et idéologique. Il n’a jamais eu d’hésitations au sujet de l’Europe et il n’a jamais cessé de croire à l’unification. Cette foi était presque naturelle, et puisait ses racines les plus profondes dans sa formation socialiste et démocratique. Voilà pourquoi, dès son plus jeune âge, il a été un interlocuteur fort apprécié des principaux leaders européens, et non seulement parmi les socialistes. Compte tenu de cette caractéristique très marquée, il y a lieu d’affirmer que sa politique internationale était axée sur deux options principales, qui sont aujourd’hui plus actuelles que jamais : l’engagement inconditionnel dans le domaine des démocraties, d’une part, et la valorisation du rôle méditerranéen de l’Italie, de l’autre. Lorsqu’on parle de l’engagement dans le domaine des démocraties occidentales de Craxi, il s’agit d’un sentiment qui va au-delà de la loyauté atlantique. Il s’est personnellement battu pour soutenir les partis et les mouvements démocratiques du monde entier. A’ l’époque du coup d’état militaire au Chili, en 1973, le jeune député milanais qu’il était alors se rendit immédiatement à Santiago avec une délégation de l’Internationale Socialiste. Ils furent arrêtés et menacés par la police chilienne qui les surprit en train de déposer des fleurs sur le tombeau de Allende, enterré sous un faux nom. Ce fut le début d’une formidable campagne de solidarité avec les réfugiés chiliens, qui arrivaient par milliers en Italie, et qui durera jusqu’à la fin des années 1980.

En tant que partisan passionné de la démocratie, Craxi a toujours été un fier adversaire du communisme. Son anti-communisme venait de loin. Il était persuadé de l’impossibilité de réformer ce type de régime et d’idéologie car, commme socialiste, il connaissait leurs racines historiques et culturelles et contestait leur option idéologique de fond, à savoir le refus acharné de la tradition réformiste. Déjà en 1972, il promouvait la publication de la revue Listy, dirigée par Jiri Pelikan, qui recueillait les positions des dissidents européens, Vaclav Havel en premier. Il défia le conformisme culturel de la gauche communiste et devint l’un des principaux interlocuteurs occidentaux de la culture de la dissension : la Biennale de la Dissension en 1979, dirigée par Carlo Ripa di Meana, fut un événement mémorable. Contrairement à celle de Brandt, qui visait surtout les états et leurs représentants, la Ostpolitik de Craxi s’adressait plutôt à  la société civile et à  la culture. Il était persuadé de l’illégitimité profonde et radicale de ces régimes et cherchait par conséquent à établir un lien direct avec les politiciens et les intellectuels qui se battaient pour leur abolition. Sur ce point il sut trouver un accord avec Ronald Reagan, qui appréciait chez Craxi la clarté et la détermination, au-delà des contrastes qui surgirent autour de Sigonella. L’Italie devint un pilier de la politique de lutte contre la menace représentée par l’URSS. Le choix de déployer les missiles à Comiso, à l’automne 1983, fut la réponse occidentale aux SS-20 soviétiques braqués sur l’Occident. Mais Craxi fut accusé par le Parti Communiste Italien d’être le “valet des Américains”. Il était évident, en effet, que ce choix porterait un coup décisif à l’Union Soviétique. Les intuitions de Craxi furent confirmées quelques années plus tard, par la dissolution de l’URSS suite à l’issue dramatique de la saison de réformes de Gorbatchev, auquel Craxi ne fit jamais manquer son soutien.

Pour ce qui est de la politique méditerranéenne, Craxi était persuadé que l’Italie devait promouvoir la détente entre les pays riverains de cette “mer intérieure”, en vue de relancer son rôle international, par la recherche de voies de dialogue politique. Il considérait que la question israélo-palestinienne constituait une crise qui épuisait les meilleures énergies de la région, lui empêchant d’exprimer son énorme potentiel de développement. Il ne s’agissait pas uniquement de rétablir la paix, mais de faire en sorte aussi que cette région devienne le point névralgique des relations économiques et culturelles entre le Nord et le Sud de la planète et entre l’Ouest et l’Est, avec un rôle de premier plan pour  l’Italie. Il s’attela à cette tâche avec une passion et un dévouement incessants. Songeons, par exemple, à la Conférence de Amman, en février 1985, fortement soutenue par Craxi et qui marqua l’ouverture d’une nouvelle phase dans l’histoire de la question israélo-palestinienne.

L’OLP se dit prête à faire partie d’une délégation avec la Jordanie pour négocier avec Israël. Un progrès énorme. Craxi n’accepta jamais la mise en question de l’existence de l’Etat d’Israël, dont il défendait le droit à la sécurité. Mais, en même temps, il était considéré comme l’interlocuteur privilégié du monde arabe, qui voyait en lui un ami, un homme d’état qui poursuivait la rencontre et  non pas le choc des civilisations. Craxi était aussi animé, naturellement, par un esprit de service vis-à-vis de son pays. Son engagement visant à rendre la Méditerranée une zone de collaboration et d’échanges pacifiques résume son patriotisme, son amour pour la  liberté des peuples et son pragmatisme réformiste.

 
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